4ème de couverture:
Il y a des moments rares pour un éditeur et la réception des manuscrits d'Alain Drapeau en fait partie. En quelques pages, vous avez compris que vous avez affaire à un ''grand''. Pourquoi ? Parce que la lecture devient accessoire. Je vous vois déjà sourire, il faut bien lire avant tout me direz-vous, certes, mais dans le cas de ce livre vous oubliez que vous êtes en train de lire tellement vous êtes transporté dans l'histoire, tellement vous la vivez. Tout comme pour un bon repas, il y a ce que l'on mange distraitement et ce que l'on déguste tranquillement. Ici nous sommes à une table 5 étoiles
Le livre d'Alain Drapeau " Une année comme les autres " est monté jusqu'au comité de lecture et de sélection de la maison Grasset.
Résumé : Notre héros rouquin âgé d'une dizaine d'années, Pierrot, découvre la vie dans une banlieue parisienne dans les années 50. Oubliez les autoroutes, le périph et les grands immeubles pour plonger dans ce qui n'était alors qu'un bout de campagne abandonnée.
Venez découvrir sa copine Linette, dont le père alcoolique est toujours en train de lui crier après, sauf quand il dort, et son copain Paul, le fils du nouveau commerçant venu s'installer avec sa petite famille. Et tous les autres comme Madame Moche, même maquillée, le père Poireau et ses lapins, ou encore le fils André qui ne reconnaît plus personne le samedi soir. Pierrot apprend à vivre au jour le jour. Son regard sur les êtres et les choses est un magnifique retour sur ces années là.
Extraits:
1… À cette époque-là, notre bled, il s'appelait Montreuil-sous-Bois. Y avait pas plus de bois que maintenant mais c'était comme ça. Le seul patelin du secteur qui s'appelait pas "sous bois", c'était Vincennes. Et c'était le seul où y avait un bois. Comprend qui peut ! Nous, on habitait dans les environs de la pointe de Montreuil qui s'encastre entre Rosny et Fontenay, qui s'appelaient sous bois aussi pour la bonne raison, sans doute, qu'il y avait pas plus de bois dans ce coin-là non plus.
Ces quartiers-là, c'était bien loin du métro et du centre ville. Si vous regardez sur un plan pour vous repérer, vous allez pas suivre. Vous allez voir le périph et des échangeurs et des RER et un tas de trucs qu'on aurait pas pu imaginer à ce moment-là. Alors, un conseil : oubliez tout ça et suivez-moi.
2… Les deux gosses descendaient la rue des Ruffins. Ils ressemblaient à un couple d'adultes en réduction. Linette, de temps à autre, tournait son regard vers Pierrot. Elle était fière d'être son amie. Il lui racontait toujours des tas de choses. La gamine se demandait où il avait bien pu apprendre tout ça mais elle en était certaine ; il en connaissait bien plus que tous les autres galopins du quartier et peut-être même que bien des parents. Elle se disait qu'il aurait toujours la réponse aux questions qu'elle pourrait se poser. Son Pierrot, il savait tout.
Le gamin, lui, se sentait bien avec la petite. C'était sa voisine, l'aînée des enfants Audibert. Elle se prénommait Caroline mais tout le monde l'appelait Linette. Quand il était avec elle, il éprouvait un sentiment de plénitude. Les deux enfants étaient encore bien loin du moment où on l'envisage mais ils avaient déjà l'instinct qui fabrique les couples. Lui était toujours prêt à inventer des projets invraisemblables. Il partait dans ses idées et poursuivait son cheminement. Elle, elle l'écoutait et, même si elle était à un âge où le rêve tient une grande part, elle ramenait un peu l'aventurier sur la terre ferme. C'était presque une petite mère de famille.
3… Elle plongea la mesure dans le lait puis, d'un geste arrondi, retourna l'engin pour en vider le contenu dans la boîte de Pierrot. Elle renouvela l'opération, une seconde fois, avec la même sûreté de mouvement puis reposa le couvercle du pot en place.
- Et avec ça ? demanda-t-elle.
- C'est tout, merci, répondit le gosse.
- Mais, non ! intervint Linette. Tu m'as dit qu'il te fallait du beurre, aussi.
- Eh ben ! dit la mère François. Il en a de la chance de t'avoir ! Mais tu verras ça plus tard, ma fille. Les hommes, c'est toujours comme ça. Ils ont pas de tête. Ah ! Si on était pas là, nous les bonnes femmes… Bon ! C'est pas tout ça. Combien t'en veux du beurre ? C'est du demi-sel qu'elle prend, ta mère, je crois. Hein ?
- Euh … Oui ! confirma Pierrot. Elle en veut une demi-livre.
La crémière se tourna vers l'un des deux gros monticules, recouverts chacun d'une fine toile, qui trônaient sur son comptoir. Elle le découvrit. Elle prit le fil métallique torsadé muni de deux petites poignées de bois. D'un œil expert, elle évalua la quantité. Ses mains tendirent le fil qui pénétra dans le beurre, en découpant un croissant au bord ondulé.
Elle retourna le morceau sur un papier sulfurisé et déposa le tout sur sa balance.
- Y a un peu plus mais pas tellement. Je te le laisse ?
- Je sais pas, moi, répondit le gamin. Je crois que oui.
- Oh ! Tu sais, dit la mère François. De toute façon, y a même pas cent grammes de plus.
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Ce eBook a été ajouté à notre catalogue le vendredi 28 mars 2008.