4ème de couverture:
Dominique Bousquet est né dans le 47, il y a 47 ans de cela.
Attiré très jeune par l'essence des mots, leur sens, il lui a semblé naturel d'en jouer, d'amplifier leur rythme, de révéler leur sonorité. De l'expression poétique, qui forge, organise, canalise, il passe à la nouvelle et écrit deux recueils. C'est maintenant le temps de se lancer dans l'écriture d'un roman. Les années passent..
Et elles portent un fruit mûr. Voici donc cette histoire d'un meurtre brutal, insensé, racontée dans une prose d'une rare maîtrise.
Résumé: "La petite", un esprit simple dans un corps de un mètre trente, se promène sur les terres d'Émile Bougnac. Elle est retrouvée morte, violée à de nombreuses reprises dans cette église aussi vieille, ou presque, que la montagne qui l'entoure. Vladimir, l'ancien rugbyman vedette déchu, monstre de chair et d'entêtement, dirige cette enquête dans ses nouvelles fonctions d'inspecteur de police. Les familles se révèlent, se déchirent, les gens parlent à voix basse sur la lande. Que cache donc cette église en ruine ?
Extraits:
1… La " petite " était morte depuis plusieurs jours. Trois tout au plus. Elle reposait là, tête nue, cheveux au vent, incrédule face au sort qui l'avait plaquée sur le sol de cette partie de la ruine. Elle y était rivée, comme soudée par un mortier naturel fait de calcaire et de terre, résidus pulvérulents de ce petit coin reculé de Guyenne. Tout dans son attitude laissait à penser qu'elle avait fini sa vie dans la fulgurance et la douleur. Ses yeux, bien que collés au sol poussiéreux, n'étaient pas clos. Ils fixaient désespérément une touffe d'herbe sèche et béaient sans protection, résolument obsédés par cette houppe jaunâtre, fascinés par un insignifiant rassemblement de graminées cespiteuses. Chacune de ses mains avait eu sa propre destinée. L'une, dos contre terre, s'accrochait encore au bas du tee-shirt fripé, lui imposant, tout en le tirant vers la cuisse, une torsion nerveuse et définitive, l'autre, écrasée par une poitrine bien trop grosse pour ce petit gabarit, n'essayait plus d'arracher l'immense soutien-gorge, mais gardait de sa tentative l'expression crispée et crochue que l'on provoque lorsque l'on enserre d'une main la base des os de l'avant-bras. La bouche, largement ouverte, formait avec ses lèvres un O parfaitement dessiné.
2… Emile n'aimait pas les Hommes - avec un grand H -, mais à prendre deux secondes pour y regarder de plus près, s'il éprouvait un ressentiment global pour la race humaine, ses détestations s'appuyaient sur des griefs différents en fonction du sexe auxquels ils s'adressaient. Dire s'il détestait plus l'un que l'autre aurait été difficile, aurait demandé en tout cas une analyse plus poussée de ses comportements envers ses semblables. Les femmes cependant semblaient détenir sa préférence fielleuse. Les hommes, eux, avaient tout naturellement droit à une bonne dose d'acrimonie. Il ne les supportait pas parce qu'il les trouvait petits, sales et méchants. Quand il les voyait plastronner du haut de leurs maisons, leurs voitures, leurs tracteurs, il les maudissait secrètement. Ses organes étaient alors en proie à une angoisse dévastatrice, se comportant comme autant de producteurs d'une bile épaisse et acide. Cette substance amère lui polluait la gorge et parasitait son esprit pressurisé par une anxiété ravageuse autant qu'autodestructrice. Il vivait très mal d'avoir à communiquer, même lorsque la nécessité faisait loi.
3…Ses exploits résonnaient encore dans les couloirs des vestiaires du stade Armandie et de bien d'autres en France. D'autres encore, au-delà des frontières auraient pu vibrer à l'unisson si un soir de décembre, lors d'un mémorable Agen - Biarritz, après une demi-heure de jeu éblouissante, le crac qui devait mettre un terme prématuré à sa carrière de deuxième ligne droit ne s'était fait entendre et ne l'avait plaqué au sol jusqu'à l'arrivée des secours. Plaqué au sol, lui, la force de la nature fait homme, lui qui résistait aux assauts frontaux de l'équipe adverse sans sourciller, plantant ses deux jambes dans la pelouse en regardant droit dans les yeux la meute déterminée à en découdre et soudant la balle ovale contre son estomac avant d'encaisser la locomotive et ses wagons de plein fouet, la faire patiner sur place et donner à ses coéquipiers fébriles une balle d'essai ou de drop ou encore de dégagement salvateur - au choix.
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