4ème de couverture:
Roman partiellement autobiographique.
Gilles Yves Mongrain a un grand talent
de narrateur. Il nous plonge ici dans le Québec des années 50/60
alors qu'il est jeune adolescent à la découverte de la vie. Né
dans une famille nombreuse et catholique fervente, comme de
nombreuses familles de l'époque, on le suit dans ses surprises, ses
déconvenues et sa révolte contre l'autorité en général.
L'adolescence, c'est aussi la
découverte de l'amour et de la sexualité. Alors on cherche des
révélations dans les livres, en questionnant les autres ou en les
espionnant. Et puis il y aura LA rencontre, et cette rencontre se nomme
Simon.
Roman d'une époque, roman d'un amour
de jeunesse toujours aussi vivant en 2009.
L'auteur fait partie de ces écrivains
qui savent nous émerveiller, parce qu'ils regardent la vie avec une
lumière chaleureuse, positive et vraie. Une pomme délicieuse à croquer
tout de suite !
Extraits:
1…
En 1951, à l'âge de 5 ans, mes opinions et mes convictions étaient
très solides. Ma sœur Nicole s'était chargée de l'enseignement
pré maternel à cette époque. Je lui avais instamment réclamé de
m'apprendre à compter jusqu'à douze pour lire l'heure, à écrire
mon nom, le sien et ceux de mes parents.
Ma première tentative de dictée, à ma plus grande humiliation, se
solda par un pointage de 3 sur 4. J'étais révolté de ce résultat
injuste et immérité tant mon effort avait été studieux. Dans mon
empressement à épater ma sœur, j'avais oublié le « r »
à la fin du prénom de mon père. Nicole corrigea immédiatement et
me reprit aimablement.
— Roger prend un « r », mon chou.
— Pourquoi?
— Parce que c'est ainsi.
— Le « r » ne sert à rien, lui répliquais-je.
— Utile ou pas, il faut ajouter un « r », Antoine.
— Non, avais-je décidé, je ne l'écrirai pas.
Mon père arriva sur les entrefaites de ses ventes itinérantes
quotidiennes, car son horloge biologique lui avait indiqué midi dix,
l'heure du dîner. En complet désaccord avec mon opinion sur les
« r », le paternel me décocha une tape derrière la
cervelle et décréta en grandes pompes impériales :
— Mets un « r »!
— Non, je n'en placerai pas, m'écriais-je.
2…
Le dimanche matin, je revenais seul de la grand-messe de onze heures,
celle qui me permettait d'étirer mon séjour sous les draps. Je
marchais allègrement et joyeusement délivré du supplice, heureux
de pouvoir raconter la vérité à mes parents, car j'avais
effectivement assisté à la messe.
Je me promenais souvent en ville loin de l'église pendant le service
de l'eucharistie. Si un soleil magnifique plombait, je m'égarais
fréquemment. J'en avais assez de devoir fréquenter le confessionnal
pour obtenir la permission de parader à la balustrade et bouffer le
petit morceau de pain blanc sec. Malgré les prétentions des
aumôniers, les mortels péchés sur ma conscience me permettaient de
vivre et je ne voulais plus marcher dans ces combines tortueuses pour
me forcer à assister aux offices religieux.
Momo admettait comme moi que louer Dieu au parc par ces belles
journées valait les sermons ennuyants des prêtres surtout lorsqu'il
avait mangé en cachette de ses parents avant de partir pour la
célébration eucharistique. Louis avait pris les habitudes de son
père qui justifiait ses absences par une fatigue chronique provoquée
par son travail. Sa femme de toute manière, remarquait Philippe,
accumulait les messes dans ses fréquentations quotidiennes de
l'église à sept heures du matin. Louis prétendait qu'elle
engrangeait des réserves pour trois; il se comptait dans le nombre,
bien sûr.
3...
L'artiste parvint à trouver l'énergie pour tourner la tête vers
nous. Il prolongea son absence de répertoire verbal et se remit à
réfléchir après mes accès de toux bruyante. Il daigna poser son
pinceau dans un bocal de liquide puant dans un geste qui me laissait
espérer qu'enfin je connaîtrais la raison de son intrigant appel de
détresse.
Sa réaction me déçut puisqu'au lieu de m'adresser la parole, il se
frotta les mains sur la guenille sale qui pendait de la poche de son
sarrau. Il recula face au tableau, cligna abondamment des yeux, se
ressaisit après autant d'indécisions et se pencha pour étaler du
brun sur la toile. Il achalait décidément ma tolérance à l'égard
de l'art et envers la patte arrière du cheval qu'il retoucha de son
magique crayon d'ocre.
Enhardi par mon toussotement succinct et intempestif, Simon
s'aventura à parler après que le père eut terminé ses simagrées
artistiques :
— Il a un service à te demander, commença-t-il.
— Avec plaisir, monsieur.
— Il veut peindre un nu.
— Quoi, m'exclamai-je?
— Un personnage nu, réitéra Simon.
— Qui désirez-vous prendre comme modèle, m'inquiétai-je
aussitôt à bon escient?
— Antoine, déclama-t-il en épelant mon prénom lettre par
lettre et en vissant ses yeux sur mon visage incrédule et abasourdi
comme Adam assis à côté du serpent d'Ève.
— Quoi, trouvai-je enfin à répliquer?
— Tu es celui qu'il me faut dans ce tableau, reprit-il.
Saint petit Jésus de cire ou de chair, me dis-je alors, moi tout nu
devant le père, devant le petit dans la crèche et ses parents qui
vont se scandaliser et me punir pour l'éternité? Jamais!
…/…
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Ce eBook a été ajouté à notre catalogue le mardi 20 octobre 2009.